Dijon FCO, Senou Coulibaly : « jamais de la vie je n’ai pensé atteindre le plus haut niveau »

Son conseiller l’accompagne. Un ami d’enfance avec qui il a fait les quatre cents coups aux Larris, quartier du centre de Cergy-Pontoise, à quelques pas de la Préfecture. Les deux compères se connaissent par cœur et se vouent une confiance sans faille. « C’est un ami d’enfance, quelqu’un de confiance, qui a toujours voulu me pousser et cru que je pouvais y arriver. Je sais que je peux tout lui dire, qu’il ne va pas me faire de coup derrière le dos », introduit le joueur de 24 ans, avant de prendre place.

FM : Dijon vient de sauver sa tête. Les barrages, deux matches pour la survie du club en Ligue 1. Est-ce que tu as eu peur ?

SC : La seule fois où j’ai eu vraiment peur cette saison, c’est lors du premier match, contre Montpellier. Après ce premier match en pro, l’excitation a pris le dessus sur la peur. Bien sûr, on savait que l’enjeu était énorme. Mais j’ai pu emmagasiner de la confiance pendant la saison. Bobby (Allain) m’a dit avant le match retour contre Lens : « aie confiance en toi, en tes qualités, en ce que tu sais faire et ne t’inquiètes pas, ça ira tout seul ». À partir du moment où tu n’as pas peur de l’attaquant en face, tu prends le dessus psychologiquement et ça devient compliqué pour lui.

FM : Tu étais titulaire à l’aller et au retour. Qu’est-ce qui, selon toi, a fait la différence ?

SC : Peut-être la fraîcheur. La lucidité aussi. Après, je reste persuadé que même s’ils n’avaient pas disputé deux matches avant, on aurait gagné. Je pense qu’il ne faut pas qu’ils prennent ça comme une excuse. La fraîcheur, le mental aussi. Ils étaient vraiment fatigués. Cela a sans doute joué. Après, tu joues deux finales, il n’y a aucun calcul. Lors des deux matches, il y a toujours eu un pic, un moment où ils se sont un peu éteints. Dans les vingt dernières minutes, on a toujours pris le dessus. Ils se relâchaient un peu, ils oubliaient quelques détails.

FM : Avez-vous célébré ce maintien ? On vous avait un peu enterré…

SC : Oui, on a célébré, mais de manière modérée. On était contents, c’était un gros soulagement pour tout le monde, mais on n’a pas oublié la saison pourrie. On était un peu animés par un esprit de revanche. Il faut dire la vérité, tout le monde nous avait enterré. T’allumais ton téléviseur, tu n’entendais que des « Dijon fait un pas de plus vers la Ligue 2 ». Franchement, ça pique le fait que tout le monde nous enterre, qu’on soit un peu délaissés par rapport à d’autres équipes.

FM : Dijon avait débuté par trois victoires, avant de s’effondrer. Comment expliques-tu cette mauvaise saison ?

SC : On est entrés dans une spirale négative et nous avions trop de joueurs en manque de confiance en même temps. C’est ce qui nous a fait mal. Je suivais le parcours de Dijon l’an dernier. Lorsque l’un des joueurs était moins bien, un autre pouvait compenser. Là, défensivement on pouvait prendre un but à tout moment, offensivement on n’arrivait pas à marquer. Plus les matches passaient et plus la confiance se faisait rare. C’est ça qui nous a fait mal. On avait l’impression qu’on ne pouvait pas sortir du trou. Quand ce sentiment te gagne, c’est horrible. Au début de saison, on a essayé de forcer notre jeu, alors qu’on n’y arrivait pas. On aurait peut-être dû laisser le ballon à l’adversaire, tenter de retrouver une solidité défensive, pour mieux exploser en contre.

« L’ambiance dans le vestiaire nous a sauvé. Je ne sais pas si les vestiaires de Caen et Guingamp étaient comme le nôtre »

FM : Le vestiaire est malgré tout resté soudé, pour aller chercher le maintien au bout de la saison.

SC : On avait vraiment un effectif de qualité. Pour moi, avec ces joueurs-là on ne pouvait pas descendre. Ce n’était pas possible. Quand tu vois Sliti, Saïd, quand je les regarde je me dis « on ne peut pas descendre avec eux ce n’est pas possible ». On a réussi à trouver de la confiance en fin de saison. Parce que malgré tout ce qu’il s’est passé, dans le vestiaire on vivait vraiment bien. Je pense que ce que nous avions était quelque chose de très rare. Mes coéquipiers me l’ont confirmé. On a toujours rigolé ensemble. C’était vraiment paradoxal. Les soirs de défaites, on se disait que ce n’était pas grave, qu’on gagnerait le prochain. La semaine, l’ambiance était bonne. Je pense que c’est ce qui a fait notre force, ce qui nous a sauvé. Je ne sais pas si les vestiaires de Caen et Guingamp étaient comme le nôtre.

FM : As-tu toujours gardé ton optimisme ? Même après la défaite à Caen (1-0, 34e journée), concurrent pour le maintien ?

SC : Franchement, je ne voyais pas Caen perdre contre Bordeaux à la dernière journée. Mais alors pas du tout. Bordeaux était sur six défaites d’affilée. Caen jouait à domicile, ils allaient au moins tirer un match nul pour aller en barrages. Ils ont perdu. Je me suis dit « c’est pas possible ». Le week-end d’avant, on joue Strasbourg, il y a 1-1 et à la dernière minute on marque un but. On était en Ligue 2 jusqu’à la 90e. Il s’est passé un truc. Les choses ont tourné en notre faveur. Même si les résultats n’étaient pas bons, même si nous avions déçu nos supporters, j’ai toujours dit que nous avions de la chance. Quand un joueur regrettait la saison ratée, je lui disais « non, non, on est toujours en vie, on est encore là, dans la course pour le maintien ». Malgré tout ce qui nous est arrivé, malgré un nombre de points qui nous promettait la Ligue 2, on a réussi à se maintenir.

« Là, on peut dire que c’était un vrai job ! »

FM : À Dijon, tu as découvert un effectif pro l’été dernier. Comment t’es-tu senti les premiers temps ?

SC : Les recruteurs, le coach, l’intendant, ils m’ont super bien accueilli. Et les joueurs aussi. J’étais étonné. Tu les vois à la télé et tu peux avoir des a priori. Tu peux penser qu’ils s’en foutent qu’un nouveau jeune arrive. Mais pas du tout ! Arnold (Bouka Moutou), Fouad (Chafik) et Naïm (Sliti) m’ont dit que si j’avais besoin de quoi que ce soit, il ne fallait pas que j’hésite. J’ai été impressionné dans le sens où quand je les regardais à côté de moi, sur le terrain, je me disais que c’était les gars que j’avais vu sur mon écran, les soirs de Ligue 1. Ça me faisait bizarre de les voir et encore plus de me dire que j’allais m’entraîner avec eux. Tu les vois dans la vie de tous les jours, c’est vraiment bizarre au début.

FM : C’est grâce à un essai concluant que tu as pu rejoindre les rangs de Dijon ?

SC : J’en ai fait deux. Pour le premier essai, je me suis entraîné pendant trois jours. C’était à la fin de la saison 2017/18. Je me suis senti très à l’aise dès le début. J’avais l’impression de connaître ceux qui allaient devenir mes coéquipiers depuis longtemps. Je crois que c’est parce que j’étais content d’être là. J’étais tellement heureux que la pression que j’avais ressenti en les voyant s’était envolée aussi vite qu’elle été arrivée.

FM : Et comment t’a-t-on annoncé que tu allais intégrer le DFCO ?

SC : Je revenais du deuxième essai, plus court. Ils avaient voulu observer mon attitude. Le staff s’était déjà fait une idée de moi. Il fallait aussi que les cadres valident mon arrivée. Ils m’ont appelé sur le retour pour me dire qu’ils voulaient me faire signer. Je me rappelle, on était vers Argenteuil. C’est comme quand on t’appelle le jour même pour te dire que tu as le job. Et là, on peut dire que c’est un vrai job ! (rires). La veille d’aller signer mon contrat, je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit.

FM : As-tu fêté cette grande nouvelle ?

SC : Fêter, c’est un bien grand mot (il sourit). Ce n’était pas calme non plus. Mais c’est vrai qu’on était contents. Lui (son conseiller), il a fait le travail de l’ombre et moi j’ai fait ce qu’il fallait sur le terrain. On va dire que cette réussite c’est du 50-50. Le jour où j’ai signé, c’était comme une libération. On était soulagés, c’était le début de quelque chose. On y était parvenu ensemble.

FM : Les premiers temps à Dijon, loin des tiens, ça n’a pas été trop dur ?

SC : Au début, c’était très difficile. C’était la première fois que j’étais éloigné de Cergy. Je n’ai jamais vécu ailleurs. Les premiers temps, je rentrais même lorsque je n’avais qu’une journée de repos. Après je m’y suis fait, au fur et à mesure. Maintenant je peux faire deux ou trois mois sans rentrer.

FM : Sur le terrain, tes débuts en Ligue 1 ont tout du rêve. Titulaire avec Dijon sur la pelouse de Montpellier, lors de la 1ère journée, c’était le plan ?

SC : Non, pas du tout ! (rires) Ce n’était pas le plan du tout. À la base, le club avait convenu d’un gros temps d’adaptation. Je ne m’attendais pas à jouer avant février. Le plan n’était pas que je débute dès l’entame de la saison. J’avais fait un gros match en préparation face à Southampton. Je pense que c’est à partir de là qu’Olivier Dall’Oglio s’est peut-être dit que j’étais prêt.

FM : Tu surgis à la 91e minute et inscrit le but de la victoire du DFCO… pour ta toute première apparition en pro !

SC : Il est pas mal ce but ! Je ne marque jamais. Même pas de la tête. À Mantes-la-Jolie, je n’ai mis aucun but. C’est vrai que là ce but m’a donné confiance. C’est le plus important. La confiance amène de la sérénité. Ce jour-là, le vestiaire était heureux, la prime avait été doublée. Les autres me disaient « merci Senou, c’est grâce à toi ». Tu imagines un peu ? Tu es en Ligue 1, on te dit « c’est grâce à toi », alors que l’année d’avant je n’avais même pas fait un match en CFA de toute ma vie. C’était beau.

FM : Tu n’as pas fait de centre de formation, quel a été ton parcours ?

SC : Après avoir fait toutes les catégories de jeunes à Cergy-Pontoise, dans le Val d’Oise, j’ai rejoint l’Entente Sannois-Saint-Gratien en U19, en Division d’Honneur. Mes proches disent qu’à ce moment-là j’aurais dû intégrer un centre de formation. J’étais prêt. Mais la deuxième année, les choses ne se sont pas bien passées, je n’avais plus la tête au football. J’ai décidé d’arrêter. Pendant un an, je n’ai plus joué.

« J’ai travaillé à la pizzeria, il fallait prendre un peu d’argent, j’avais arrêté l’école »

FM : À ce moment-là, tu as pensé tout arrêter ?

SC : J’étais persuadé que j’allais reprendre l’année d’après. Mais c’est vrai qu’arrêter une année c’est compliqué. C’est difficile ensuite de se remotiver, de se remettre dans le bain. Surtout quand tu reprends et que tu vois que tu n’es pas au niveau.

FM : Sans le foot, que devenait ton quotidien ?

SC : J’ai travaillé à la pizzeria, à Pontoise. Rapido Pizza ça s’appelait. Aujourd’hui, c’est Brothers Pizza. Je travaillais avec Gilles (son ami et conseiller). Il fallait prendre un peu d’argent, en ramener à la maison. J’avais arrêté l’école, j’avais dix-neuf ans.

FM : Comment es-tu finalement parvenu à te relancer ?

SC : J’ai eu la chance d’avoir un coach qui ne m’a jamais lâché. Nuno Soares. Il m’avait eu à Cergy-Pontoise, m’avait permis de rejoindre Sannois et c’est lui qui m’a relancé, toujours à Cergy, en Régionale 2. Il m’a fait confiance, il connaissait mon niveau. Il m’a laissé le temps. Aujourd’hui, je ne peux que le remercier. Grâce à lui, j’ai pu intégrer la sélection Ile-de-France. Et c’est en sélection que j’ai rencontré le coach du FC Mantois 78, qui m’a fait intégrer l’équipe en National 2.

FM : Tu as passé trois ans à Cergy, en Régionale 2, l’idée de devenir footballeur professionnel s’était envolée ?

SC : Si je ne réalisais pas cette deuxième partie de championnat à Mantes, je ne me voyais pas du tout aller plus haut. Le maximum auquel je pouvais aspirer c’était le National. Si ça avait été la Ligue 2, cela aurait été top. À ce moment-là, Cergy m’avait trouvé un travail. Grâce à eux, je travaillais comme animateur dans les écoles de la ville, et en même temps comme éducateur au FC Cergy-Pontoise. J’entraînais les équipes de jeunes. C’est ce qui me plaisait. Aider les jeunes, c’est quelque chose qui m’intéresse. Être utile. Et en même temps, je pouvais jouer au foot à côté. Les primes de victoires aidaient aussi. C’était idéal. Tout était bien ficelé.

FM : Le FC Mantois, justement, c’est là que tu te révèles, en National 2, à 23 ans…

SC : Moi j’étais bien à Cergy, je m’y sentais à l’aise. Mon coach en sélection Ile-de-France, qui était aussi le coach du FC Mantois, m’a appelé. Il voulait que je vienne à la mi-saison, mais j’ai refusé. Je voulais terminer la saison avec Cergy. Là-bas, il y a eu deux temps. La première partie de saison, où je me suis fait remarquer, et la deuxième, qui a été plus compliquée.

FM : Tu as franchi un gap en passant de Régionale 2 à National 2. La transition a-t-elle été compliquée ?

SC : Franchement, en arrivant à Mantes, en National 2, je m’attendais vraiment à ce que ce soit plus difficile. J’avais une appréhension au début. Après, j’ai eu la chance d’avoir un coach, Robert Mendy, qui m’a tout de suite fait confiance. J’ai enchaîné les matches, j’ai pris confiance au fur et à mesure et je suis vite devenu incontournable. Si le niveau ne m’a pas trop impressionné c’est peut-être aussi que le niveau que j’avais déjà à Cergy m’a permis d’être tout de suite opérationnel.

FM : Et après une saison en National 2, c’est l’énorme saut de N2 à L1…

SC : Le passage de National 2 à Ligue 1, c’était différent. Là, ce qui est incroyable, c’est que tout se joue sur des détails. Chaque détail est super important. Quand j’étais à Cergy, en R2, j’avais tendance à laisser passer certaines choses. Je me disais « de toute façon il ne va pas me passer », ou « impossible qu’il marque ». Maintenant, en Ligue 1, le placement, la prise d’information, tout est très important. C’est ce qui m’a marqué le plus à mon arrivée dans le monde pro. Une erreur, tu prends un but.

« À la fin des entraînements je m’asseyais pendant 15-20 minutes et je ne bougeais plus »

FM : Et physiquement ? Pas trop dure l’adaptation au niveau Ligue 1 ?

SC : Il y a des moments où je me suis dit « la Ligue 1, c’est trop ». Tout est une question de rythme. Le rythme est très, très, très difficile à prendre. Les premiers temps, à la fin des entraînements je m’asseyais pendant 15-20 minutes et je ne bougeais plus. À Cergy, c’était entraînement lundi, mercredi, vendredi et match le dimanche. À Dijon, c’était tous les jours. J’étais fatigué. Le fait de rester sur le terrain en étant fatigué, d’accord, mais rester lucide dans ce que tu fais c’est super important et c’est là que ça devient difficile. Au bout de dix minutes d’entraînement, t’es lessivé, K.O. Tellement que tu ne prends plus les informations. Tu oublies des gestes simples, des contrôles, des passes…et après c’est le manque de confiance qui arrive. L’écart entre N2 et L1 est trop important. Mes coéquipiers m’ont rassuré. Ils m’ont dit que c’était normal et que le niveau entre Ligue 1 et Ligue 2 était déjà énorme. Ils m’ont dit que j’aurai besoin d’un vrai gros temps d’adaptation.

FM : En tant qu’amateur qui arrive dans un club pro, tu avais un programme adapté ?

SC : Non, je faisais tout comme les autres. Au début, j’étais vraiment fatigué à la fin des entraînements, mais vu que je réagissais toujours bien le lendemain, que je pouvais repartir, que mon corps supportait la charge de travail, je suis toujours resté avec le groupe. Je sais que d’autres, venus des championnats amateurs, ont eu un programme adapté pour la Ligue 1, à cause d’un trop-plein de fatigue. Le kiné m’a dit en fin de saison qu’il m’avait toujours laissé avec le groupe parce que je réagissais bien.

FM : Tu as quand même souffert de quelques blessures cette saison…

SC : C’était attendu. Tôt ou tard dans la saison, j’allais me blesser. On ne savait juste pas quand. La première, qui était légère, est arrivée juste après mon premier match en pro, lors de la 1ère journée. C’était à l’entraînement. On avait décrassage le lundi, le mardi je me blesse. On m’a expliqué que c’était normal, il fallait que mon corps digère la préparation. Ce n’était que deux semaines d’absence, mais ça m’a coupé dans mon élan. J’ai manqué les deux matches suivants et après on est rentrés dans une spirale négative.

FM : À titre personnel, qu’espères-tu pour ta deuxième saison à Dijon, où tu es sous contrat jusqu’en 2020 ?

SC : J’espère m’imposer. Là, j’ai surtout appris beaucoup de choses. J’ai beaucoup observé mes coéquipiers, les défenseurs adverses aussi, quand j’étais sur le banc. J’ai compris que cela dépendait de moi. Qu’il fallait que je dégage de la sérénité pour mettre à l’aise ceux qui sont à côté de moi. Maintenant, je sais comment ça se passe, je sais à quoi m’attendre. Ils m’avaient dit au début que je ne jouerais pas les six-sept premiers mois. Que j’allais peut-être débuter en Coupe de France, que ça allait être compliqué. Au final, je ne pense pas qu’ils aient eu un joueur venant de CFA avec autant de matches pour sa première saison en Ligue 1. Le dernier match de la saison, en barrage retour contre Lens, je me suis senti libéré, j’avais envie d’aller vers l’avant. C’est comme si je passais un palier.

FM : Gardes-tu un souvenir particulier de cette première saison au plus haut niveau ?

SC : Si je peux en garder deux, je dirais le premier match à Montpellier, lors de la 1ère journée. Mon premier match en Ligue 1, mon premier match en pro, mon premier but avec Dijon et donc mon premier but en carrière professionnelle. Un but qui donne la victoire à Dijon en plus. Et le dernier match, le barrage retour, avec la victoire à domicile contre Lens qui nous permet de nous maintenir. Bizarrement, j’aurai été titulaire pour le premier et le dernier match de la saison de Dijon. Avec à chaque fois une fin heureuse.

FM : Et de qui as-tu le plus appris cette année ?

SC : Sans doute Cédric Yambéré. C’est celui qui me parlait tout le temps, qui me conseillait. À certains moments, comme lorsque je me suis fait expulser contre Reims, ou quand j’avais fait une mauvaise première mi-temps contre le Paris Saint-Germain, au Parc des Princes, en Coupe de France, ou encore quand en déplacement je me retrouvais 19e, en tribune, et que je l’apprenais dans le vestiaire, au tout dernier moment, il était là. C’est lui qui venait me parler, me conseiller, me rassurer aussi. Il me parlait de sa première année en pro, cherchait à trouver des similitudes entre nos parcours. « Je prenais des cartons rouges, on me sortait au bout de 20 minutes de jeu… », il me rassurait tout le temps. Je crois que sur les deux derniers matches de la saison, où l’on était alignés tous les deux, on a montré une certaine complémentarité et surtout de la solidité.

FM : D’ailleurs, as-tu toujours évolué au poste de défenseur central ? Tu es grand et fin, comment gères-tu face aux attaquants à la carrure imposante ?

SC : Je suis passé au poste de latéral, j’ai évolué quelques temps en numéro 6 aussi, mais j’étais très jeune. Défenseur central, cela a débuté en seniors. En fin de U19, à Sannois, c’est là que j’ai commencé à évoluer le plus souvent au poste de défenseur central. Je pense que j’ai trouvé ma place. Lorsque j’étais plus petit en taille, j’étais déjà fin et les coaches préféraient m’aligner dans un couloir. Quant à ma carrure, elle ne m’a jamais posé de problème. Je ne fais pas attention. Je n’ai pas d’appréhension quand je vois un attaquant costaud. Je lui rentre dedans directement.

FM : Ta famille, ton quartier, c’est important pour ton équilibre ?

SC : J’ai deux frères et deux sœurs, je suis celui du milieu. L’équilibre est là. C’est vrai qu’ils sont une force. Simplement leur parler, de savoir qu’ils sont là, de les voir, de rigoler, cela me donne de la force. Si vous me cherchez, ce n’est pas compliqué de me trouver. Soit à Dijon, soit chez ma mère. J’ai toujours vécu à Cergy et ses alentours, je me vois mal aller ailleurs pour l’instant. Quand je n’ai pas de match, je ne pars même pas en vacances, je rentre à Cergy, je suis très bien là-bas. Je vais voir ma famille, mes amis, cela me va très bien.

FM : Ta vie bien organisée à Cergy semblait te convenir. Tu as le sentiment que ton entourage y croyait plus que toi ?

SC : J’essayais surtout de rester réaliste. J’avais 23 ans, je me disais que malgré de bonnes prestations, une bonne saison à Mantes, il allait vraiment falloir qu’il se passe quelque chose pour qu’un club arrive et me fasse confiance directement. Pour moi, c’était irréalisable. Si j’arrivais en National, c’était déjà bien, très bien. Pourquoi ne pas réaliser une montée en Ligue 2 ? Jamais de la vie je n’ai pensé atteindre le plus haut niveau. C’était impossible. Lorsque je jouais à Cergy, le CFA était une ambition raisonnable.

« Je n’aime pas le regard des gens qui a changé, l’attitude ».

FM : Ce changement de statut, de footballeur amateur à footballeur professionnel, qu’est-ce que cela a changé dans ta vie de tous les jours ?

SC : Après mon premier but, j’ai reçu plein de messages. Ce n’est pas forcément évident. Je ne suis pas du tout intéressé par la notoriété. Mon conseiller pense lui que si ce problème se pose c’est que tout va bien.

FM : Quand tu rentres à Cergy, tu dois être sollicité…

SC : Certains aiment la notoriété, moi je n’aime pas du tout ça. Je n’aime pas le regard des gens qui a changé, l’attitude. Des gens m’arrêtent, veulent me parler. Je ne suis pas quelqu’un de méchant, je vais discuter bien sûr. J’ai toujours été quelqu’un de la ville. On m’a toujours traité d’une certaine manière et c’est vrai qu’aujourd’hui les gens n’ont pas le même regard. On me considère comme quelqu’un. Quelqu’un d’important. Avant, on me respectait, mais c’était « Bonjour », « au revoir ». Maintenant c’est différent. C’est trop. Des gens à qui je ne parlais pas forcément avant viennent me parler. Je parle des plus âgés. Après, les plus jeunes, ça ne me dérange pas du tout. Au contraire, je veux qu’ils aient cet exemple en tête. Qu’ils se disent « Senou il y est arrivé, pourquoi pas moi ? ». Tout en restant réalistes bien sûr.

« J’aime bien avoir mon petit confort »

FM : C’est encore frais, mais comment expliques-tu cette éclosion tardive ?

SC : Je pense que je ne me suis pas donné les moyens pour arriver là-haut. J’aime bien avoir mon petit confort. J’ai toujours aimé ça. Toutes ces années à Cergy, les gens me disaient « essaie d’aller viser au-dessus ». Moi, j’en parlais à mes coaches, je leur expliquais que ça pourrait me plaire de viser plus haut. Mais eux me proposaient un contrat, savaient me convaincre, cela m’allait bien comme ça et donc je restais. Je restais avec mes amis. Pour moi, c’était parfait comme ça. Quand j’ai rejoint Sannois, puis Mantes, j’ai eu du mal au début, c’était pareil. Je n’aime pas qu’on me sorte de mon confort. Et pourtant je m’adapte vite.

FM : Et aujourd’hui, tu ne te dis pas que tu aurais pu passer à côté de quelque chose ?

SC : J’ai quelques regrets. Je me dis que si je m’étais bougé un peu plus tôt, peut-être qu’aujourd’hui je serais installé. Mais la vie a voulu ça et je n’ai aucun regret de ne pas avoir intégré un centre de formation. Je me dis que mentalement cela a été une force de faire les choses de cette manière. Peut-être que si j’avais fait comme tout le monde, un parcours classique, je n’aurais pas eu ce mental, cette rage qui m’aide à avancer. Tout ce que j’ai vécu, je ne le regrette pas du tout.

FM : La sélection du Mali a un œil sur toi. Est-ce un objectif à court terme ?

SC : Oui, un réel objectif. Devenir international changerait beaucoup de choses. Ce n’est pas une obsession. Cela doit passer par des prestations solides et constantes en club. Cela me tient à cœur de représenter la sélection, le pays de mes parents, de jouer une compétition officielle avec eux, que ce soit la CAN ou les éliminatoires de la Coupe du Monde.

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Source : Foot Mercato