FC Barcelone : les cinq choses à savoir sur Quique Setién

Un Cruyffiste convaincu

À Barcelone, s’il y a un homme dont la légende est encore plus grande que celle de Lionel Messi, pour l’instant du moins, c’est Johan Cruyff. Joueur légendaire du club catalan, puis entraîneur de l’équipe qui a remporté la première Ligue des Champions de l’histoire blaugrana en 1992, l’ancien numéro 14 avait mis en place une philosophie de jeu résolument tournée vers l’attaque. Pour schématiser, c’est lui qui a posé les bases du fameux tiki-taka qui a ensuite été adopté par tous les formateurs de La Masia et sublimé par Pep Guardiola entre 2008 et 2012. A Barcelone, on ne jure toujours que par Cruyff, et ça tombe bien, c’est aussi le cas de Quique Setién. À de nombreuses reprises déjà, l’entraîneur de 61 ans a fait l’éloge du mythique personnage hollandais. « Quand j’ai vu le Barça de Cruyff je me suis dit : ça c’est le football que j’aime », « j’ai dit à Cruyff que j’aurais été prêt à me couper un doigt pour jouer dans son Barça », a-t-il par exemple confié lors de sorties médiatiques récentes. Pep Guardiola a également reçu son lot d’éloges de la part du natif de Santander. Et ce culte voué à Cruyff se fait sentir dans le jeu de ses équipes, avec des principes très clairs : « si tu as le ballon, personne ne va te marquer de but. Chaque joueur s’amuse et profite bien plus avec le ballon dans les pieds plutôt qu’en courant derrière lui ». Bien sûr, il a parfois eu du mal à mettre en place ses idées, lors de sa deuxième saison au Betis notamment, et ses équipes connaissent parfois des moments de creux. Mais une chose est sûre, c’est un extrémiste et il ne trahira pas sa philosophie de jeu.

« Je savais qu’on pouvait mieux jouer au football, mais je ne l’ai pas vu jusqu’à ce que Johan nous l’a montré »

Une palette tactique assez large, mais des lacunes en défense

Pour Quique Sétien, le dispositif utilisé n’est qu’un détail. Qu’importe la disposition de ses joueurs sur le terrain, c’est l’animation offensive et ce que font les joueurs du ballon qui comptent. On l’a d’ailleurs très bien vu par le passé, puisqu’à Las Palmas, il misait la plupart du temps sur un 4-1-4-1, alors qu’au Betis, il a beaucoup joué en 3-5-2. Les deux équipes ont pourtant affiché le même visage conquérant et très porté vers l’attaque, avec des variantes dépendant des joueurs présents dans l’effectif. En Andalousie, son équipe passait beaucoup par les flancs pour attaquer, alors qu’aux Canaries, c’était bien plus axial. Ce qui ne change jamais, c’est l’essence du jeu : « ressortir le ballon depuis derrière, combiner, avancer en se passant la balle », résumait Setién dans un article de Marca. Au FC Barcelone, il devrait donc miser sur le 4-3-3 historique et inhérent à la culture du club, et ensuite façonner l’équipe à sa manière. Sur le papier, c’était en tout cas un des candidats idéaux, puisque ses idées collent à merveille. Mais forcément, quand on parie sur un style aussi offensif, on se découvre souvent derrière, avec des défenseurs qui évoluaient au niveau de la ligne du milieu de terrain et des latéraux qui faisaient office d’ailier sur les phases de possession. Ses formations ont ainsi souvent affiché d’énormes lacunes défensivement, et c’est clairement ce qui les a empêchées de viser plus haut. Quand on sait que ce FC Barcelone est déjà très loin d’être solide – 23 buts encaissés déjà cette saison, autant que Valladolid, alors que le Real et l’Atlético n’en comptent que 12 – Marc-André ter Stegen risque d’être encore plus laissé à l’abandon par ses partenaires. À l’heure où la mode est aux transitions très rapides vers l’attaque, le Barça de Setién risque d’avoir des soucis.

Il sait exploiter au mieux le potentiel de ses joueurs et mise sur les jeunes

Du côté de Barcelone, certains joueurs peuvent déjà se frotter les mains à l’idée d’être dirigés par Quique Setién. Lors de ses passages à Las Palmas et au Betis, il a permis à bon nombre de ses joueurs de franchir un palier. Sergio Canales, un temps grand espoir déchu du football espagnol, en est le meilleur exemple. Après une traversée du désert et des gros pépins physiques, il s’est peu à peu remis à la Real Sociedad. Et quand il est arrivé au Betis à l’été 2018, il a tout de suite montré ce que tout le monde attendait de lui quand il avait 17 et 18 ans et qu’il commençait à faire parler de lui. Devenu le maître à jouer du Betis, il a même été appelé en sélection. Cas de figure similaire pour Giovani Lo Celso, qui en une saison sous ses ordres a vu sa valeur grimper en flèche au point de filer à Tottenham contre un montant total pouvant dépasser les 60 millions d’euros. Junior Firpo, qu’il retrouvera à Barcelone, avait aussi été auteur de prestations impressionnantes au Benito Villamarin. À Las Palmas, un joueur comme Roque Mesa qui à un âge déjà assez avancé de 27 ans n’avait aucune expérience en Liga s’est rapidement imposé comme une référence dans le championnat et a lui aussi pu gagner une place dans un club plus huppé, Séville en l’occurrence. Jonathan Viera avait également pu découvrir la sélection espagnole grâce à ses prestations dans cette belle équipe de Setién.

Mais surtout, ce dernier n’hésite pas à donner sa chance aux jeunes joueurs. Tout l’inverse d’un Ernesto Valverde qui n’a lancé aucune jeune pousse de La Masia de façon durable, ne comptant sur eux qu’en cas de blessure d’un membre de l’équipe première. « Moi je n’ai jamais eu peur de les faire jouer après les avoir vu à l’entraînement. Ils arrivent avec beaucoup d’énergie et d’enthousiasme, ce qui sert aussi à mettre la pression à des joueurs présents depuis plus longtemps et dont le niveau a baissé », explique-t-il. On l’a bien vu à Séville avec Junior Firpo, cité plus haut, le latéral droit Francis, Loren, buteur titulaire aujourd’hui qui végétait en D3 avec l’équipe B avant que Setién ne vienne le chercher, et évidemment Fabian Ruiz, qu’on ne présente plus. De quoi envisager un horizon a priori moins ombragé pour des joueurs comme Riqui Puig ou Carles Aleñá (actuellement prêté au Betis jusqu’en fin de saison), qu’il avait d’ailleurs tenté d’attirer à Séville à l’époque.

Un coach validé par les grands noms du Barça

Bien avant que son nom ne soit associé à celui du FC Barcelone, de nombreuses icônes du FC Barcelone avaient encensé ses méthodes. « Il serait un bon entraîneur pour le Barça. Son modèle de jeu est très adaptable au Barça. J’adore le Betis de Setién, pas seulement à cause des résultats mais aussi parce qu’il tente de faire de nouvelles choses », avait lancé l’ancien numéro 6 de la maison catalane Xavi Hernandez il y a quelques mois. « L’idée du football de Setién est familière pour nous par rapport à ce que nous avons à Barcelone », confiait pour sa part Andrés Iniesta en novembre 2018. Sergio Busquets n’avait pas hésité à faire cadeau de son maillot à celui qui était alors coach du Betis après un match entre le Barça et les Sévillans, avec un joli message plein d’admiration. Marc Bartra lui n’est pas un grand nom du club catalan à proprement parler mais à côtoyé Setién au Betis. Pour lui, c’est plutôt clair : « dans ce Betis j’ai retrouvé les entraînements que je faisais avec Guardiola et aussi avec Luis Enrique. Il y a un fil qui lie Guardiola et Setién ». De son côté Setién n’a jamais hésité à encenser des joueurs comme Gerard Piqué, Lionel Messi ou Andrés Iniesta publiquement et même sur les réseaux sociaux, comme s’il avait déjà commencé à préparer le terrain depuis des années déjà. Un mariage de raison donc !

Des problèmes de caractère et de vestiaire

Comme beaucoup de ses homologues très dogmatiques, Quique Setién a un caractère particulièrement trempé. Une qualité dans certains cas, mais qui peut aussi lui jouer de mauvais tours dans d’autres, au niveau de sa communication par exemple. Ce qui peut parfois créer des étincelles dans des clubs aussi médiatisés. C’est un coach qui fait passer les moyens avant la fin, et qui ne semble pas obsédé par la victoire si elle ne vient pas avec la manière. Il n’hésitera pas à se dire satisfait après une défaite s’il estime que son équipe a bien joué, comme il ne garde pas sa langue dans la poche lorsqu’on s’en prend à sa philosophie. Ce fut le cas lors d’un match contre Leganés en février 2019, que le Betis avait perdu 3-0. Chambré par le public pepinero qui se moquait de son obsession pour la possession notamment, il avait sorti une petite punchline en conférence de presse : « parfois cette façon de jouer qu’à Leganés marche bien, d’autres fois non. C’est pour ça qu’ils sont là en bas au classement. S’ils voulaient jouer comme nous, ils auraient du mal ». Il faudra aussi voir comment il parvient à s’adapter à un vestiaire comme celui du Barça. Du côté de Las Palmas, il avait fini par perdre son groupe, divisé suite à des conflits internes et les engueulades étaient très fréquentes. Ses consignes ne passaient plus et ça c’est senti sur le terrain. C’est ce qui avait causé son départ. Au Betis en revanche, il avait plutôt laissé un bon souvenir, et plusieurs joueurs importants du vestiaire verdiblanco auraient même sondé leurs dirigeants pour savoir si un retour de Setién était possible en début de saison quand l’équipe peinait. Ce sera là son principal challenge.