Leicester : Çağlar Söyüncü, l’homme qui a réussi à faire oublier Harry Maguire

La Premier League tient toutes ses promesses en ce début de saison. Des rencontres spectaculaires, des scénarios fous, beaucoup de buts et un bras de fer entre Liverpool et Manchester City. Si les deux cadors du championnat s’affrontent ce dimanche, une équipe pourrait profiter d’un éventuel faux pas des Citizens. Actuel troisième, Leicester City réalise un premier tiers de championnat exemplaire avec 23 points sur 33 possibles. Outsiders crédibles pour une qualification en Ligue des Champions, les Foxes disposent d’une attaque solide menée par James Maddison (3 buts, 2 passes décisives), Ayoze Perez (3 buts, 1 passe décisive) et surtout Jamie Vardy (10 buts, 1 passe décisive). Un trident très complémentaire qui permet au club coaché par Brendan Rodgers d’accumuler les points avec facilité. La défense n’a rien à se reprocher également. C’est simple, seul Sheffield United fait aussi bien en Premier League cette saison avec huit buts encaissés. Il faut dire que Leicester a misé sur la continuité avec des joueurs internationaux tel que le gardien Kasper Schmeichel et les latéraux Ricardo Pereira et Ben Chilwell. Néanmoins, une nouveauté intervient. Suite au départ d’Harry Maguire à Manchester United, le défenseur turc Çağlar Söyüncü accompagne Jonny Evans dans l’axe.

Un choix pour le moment payant quand on voit la solidité défensive des Foxes. Si bien que Çağlar Söyüncü a déjà su faire oublier celui qui est devenu le défenseur le plus cher du monde Harry Maguire (87 millions d’euros). Ce n’était pas forcément prévu au scénario de départ. Arrivé à l’été 2018 contre un chèque de 21,1 millions d’euros, le défenseur central turc restait sur une très bonne saison avec Fribourg. Pourtant, il a vite déchanté à son arrivée en Angleterre puisqu’il a très peu joué (8 matches toutes compétitions confondues, 551 minutes). Journaliste pour le , Jamie Kemble n’a pas était surpris par la décision de Claude Puel et de son successeur Brendan Rodgers. Selon lui, Çağlar Söyüncü n’était tout simplement pas prêt : « comme toujours, lorsque les clubs recrutent des joueurs moins connus ou des joueurs étrangers, il y a un sentiment d’incertitude par rapport à ce que le joueur apportera. Mais Leicester City a toujours été très bon sur le mercato et Söyüncü étant jeune, il était simplement attendu sur le long terme. Ce qui lui a enlevé de la pression. »

Une acclimatation compliquée

« Çağlar a été acheté pour le futur et ne devait pas jouer un rôle rapidement à Leicester. Nous avons compris qu’il aurait beaucoup à faire pour prendre la place de joueurs expérimentés. Il n’a pas particulièrement impressionné lors de ses premières prestations, alors ce n’est pas là que nous avons pu imaginer le voir jouer un rôle plus important. Ses rares apparitions l’auront exposé progressivement au jeu de la Premier League » a-t-il ajouté. Un pari sur le long terme assez habituel à Leicester. Journaliste pour la , Owynn Palmer-Atkin a été agréablement surpris par l’arrivée du défenseur turc : « il a été signé en même temps que Filip Benkovic, le défenseur central croate, pour un montant similaire. À l’époque, Leicester avait une défense centrale vieillissante, ce n’était donc pas une surprise de voir le club se lancer sur le marché pour un jeune défenseur. Çağlar Söyüncü n’était certainement pas un nom familier à l’époque, alors, cela a peut-être été une surprise. Cependant, Leicester City possède l’un des réseaux de recrutement les plus approfondis au monde et il n’est pas surprenant qu’ils aient réussi à réaliser un aussi bon achat. Il a certainement prouvé l’investissement que le club de football a déjà fait en lui et je suis sûr qu’il continuera à aller de mieux en mieux. »

S’il a eu de grandes difficultés à s’adapter au football anglais, Çağlar Söyüncü a pu compter sur l’appui de son coach Brendan Rodgers comme l’explique Owynn Palmer-Atkin : « nous n’avons pas vu Çağlar Söyüncü pendant longtemps. Cela aurait été dû à ses difficultés pour apprendre l’anglais. Il a également eu du mal à performer avec les U23 de Leicester City, compte tenu du rythme et de l’intensité du jeu anglais. Cependant, vers la fin de la saison dernière, nous avons commencé à le voir de plus en plus, en raison de blessures et de suspensions entre Maguire, Evans et Morgan. Cependant, il était brut et avait encore besoin de travailler. Il n’y a aucun doute dans mon esprit quand je dis que sans Brendan Rodgers nous n’aurions pas le joueur qu’il est aujourd’hui. Rodgers est un entraîneur de classe mondiale et il a aidé Çağlar Söyüncü à adapter son jeu à celui d’un défenseur de Premier League. Avec cela, son intégration dans le onze de départ a également été accélérée. » International turc (il compte désormais 27 sélections pour un but), il aura légèrement payé son manque de temps de jeu en perdant son statut de titulaire en sélection. Néanmoins, après une saison de découverte en Angleterre, le départ d’Harry Maguire en fin de mercato pour Manchester City lui a assuré un rôle plus important.

Propulsé titulaire surprise

Très bon contre Wolverhampton puis contre Chelsea où il a su gérer les vagues offensives des Blues, le natif d’Izmir a su profiter de cette opportunité pour s’installer en tant que titulaire. Comme le relève Owynn Palmer-Atkin, le travail en amont des recruteurs de Leicester se retrouvait enfin récompensé : « Brendan Rodgers a révélé lors d’une conférence de presse qu’il avait coché les noms de Çağlar Söyüncü et de Filip Benkovic en tant que joueurs qui finiraient par remplacer Harry Maguire si celui-ci partait. Lorsque les joueurs ont signé, l’intérêt de Manchester United existait déjà. C’est la preuve du système de recrutement des Foxes, ainsi que de leur planification continue au cas où un grand joueur passerait à autre chose. » Au fil des matches, Çağlar Söyüncü est monté en puissance au point que sa présence dans l’équipe soit une évidence. « Leicester n’a pas souffert de la perte de Maguire. Söyüncü a été jusque-là une force dominante dans la ligne défensive et c’est quelqu’un en qui ils peuvent avoir confiance. Ce dont Leicester doutait après certaines de ses performances de l’an dernier. »

« Au-delà de ses capacités défensives, il aime aussi avoir le ballon dans ses pieds, il attaque les attaquants un peu plus que ne le souhaiterait Brendan Rodgers, mais il est rarement pris au piège. Il a à peine mis un pied de travers », nous explique Jamie Kemble. Depuis le début de la saison, Çağlar Söyüncü est constamment associé à Jonny Evans. Plus expérimenté (31 ans) et habitué aux joutes de la Premier League (Sunderland, Manchester United ou encore West Bromwich Albion), le Nord-Irlandais lui permet d’être accompagné dans sa progression. « Chaque joueur peut s’améliorer et Söyüncü est encore jeune. Il apprend tout le temps avec un joueur expérimenté comme Jonny Evans à ses côtés. Que ce soit pour la prise de décision, le positionnement ou autre chose. Avec le temps, il apprendra à le faire lui-même, mais pour le moment, il joue bien et apprend des leçons essentielles contre les grandes et les petites équipes. Il progresse tout le temps et il lui reste encore beaucoup à apprendre. C’est un talent très prometteur », a relevé Jamie Kemble. Même son de cloche pour Owynn Palmer-Atkin : « il faut cependant faire honneur à son partenaire défensif Jonny Evans. Il a aidé le jeune défenseur et n’hésite pas à le ramener à sa place en cas de besoin. C’est tellement évident que les qualités de leadership d’Evans ont été d’une valeur inestimable pour le développement de Çağlar. »

Un style direct qui impressionne

Remplaçant poste pour poste d’Harry Maguire, Çağlar Söyüncü n’apporte pas les mêmes caractéristiques que l’international anglais. Plus petit de 7 centimètres et surtout moins lourd de 18 kilos, le Turc est un défenseur plus mobile et qui cherche moins le duel. Disposant d’un meilleur jeu au pied, mais moins imposant dans les airs, il est tout simplement différent que son ancien coéquipier. Ce n’est pas forcément problématique pour Jamie Kemble : « cela n’a pas eu d’effet majeur. Certes Söyüncü est moins imposant dans les contacts et dans les airs, mais il a de grandes qualités balle au pied. Leicester avait souvent l’habitude de trouver Maguire puis de passer au second ballon. Mais ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.Tous ceux qui les ont vus, en particulier ces dernières semaines, seront agréablement surpris par le style de football qu’ils ont vu. Donc, si le remplacement de Söyüncü a eu un impact significatif sur le plan tactique et je pense que c’est le cas, il ne peut être que positif. »

« Même s’il n’est pas aussi menaçant que Maguire, il est beaucoup plus rapide, ce qui permet aux Foxes de jouer avec une approche beaucoup plus risquée. Ils peuvent jouer entre les lignes et ne doivent pas toujours faire les passes en toute sécurité. Avec le rythme de Çağlar Söyüncü et les infrastructures défensives mises en place par Brendan Rodgers, ils sont assez sûrs dans tous les domaines », note de son côté Owynn Palmer-Atkin. Très vite impressionnés, les supporters de Leicester ont été séduits par le défenseur venu de l’autre côté du Bosphore comme le note Owynn Palmer-Atkin : « les fans ont très vite adopté Çağlar. Son allure, ses prises de risques et ses cheveux l’ont rendu très populaire dans les tribunes. Avec des références à Lord Farquaad du film, Shrek, il a eu sa propre chanson en seulement deux matchs. C’est l’un des joueurs les plus sympathiques de cette équipe de Leicester City. » Avec un début de saison flamboyant, Çağlar Söyüncü a déjà mis tous le monde dans sa poche. À lui de confirmer tout au long de cet exercice en permettant aux Foxes de rester dans le Big Four de la Premier League. Un objectif osé mais réalisable. Surtout quand on se souvient de l’exercice 2015-2016 du club des Midlands de l’Est.