Liga : les papys font de la résistance !

Cette saison de Liga est pour le moins curieuse au niveau des individualités. Les plus grosses stars du championnat ne sont pas toutes forcément à leur meilleur niveau pour des raisons différentes, à l’image d’Antoine Griezmann ou Eden Hazard. Dans le même temps, on assiste à une certaine explosion de nombreux jeunes joueurs, à l’image de Martin Odegaard, Alexander Isak, Ferran Torres, Ansu Fati ou Fede Valverde, entre autres. Un exercice 2019/2020 qui semble placé sous le signe de la jeunesse si on examine tout ça de loin, mais en s’y penchant d’un peu plus près, on voit que de nombreux joueurs ayant dépassé la trentaine depuis longtemps déjà sont toujours là. Joaquín, qui fêtera ses 39 ans, en est peut-être le meilleur exemple, lui qui se bonifie presque avec l’âge. Joueur très important de ce Betis, il totalise déjà 7 réalisations en Liga. Son expérience lui a fait gagner une maturité qui lui permet même de jouer en tant que milieu axial, alors qu’il est toujours aussi tranchant quand il tente de déséquilibrer sur le côté. Au vu de sa forme olympique, on peut clairement affirmer que les supporters de la ville andalouse vont profiter de lui pendant de longues années encore.

Son voisin Jesus Navas (34 ans) est peut-être même plus impressionnant encore, dans la mesure où il joue absolument tout avec Séville et a même retrouvé la sélection espagnole. Son style de jeu, couplé aux consignes de Lopetegui, sont pourtant épuisantes, puisque l’ancien de City multiplie les montées pendant les 90 minutes, prenant pratiquement tout le temps son vis à vis de vitesse. Que dire de Santi Cazorla (35 ans), le maître à jouer de Villarreal, qui continue de distiller caviar sur caviar. Ses prestations sont d’autant plus admirables qu’il a traversé un véritable calvaire avec les blessures. Difficile de ne pas évoquer le cas Jorge Molina aussi, qui à 37 ans est la référence offensive de Getafe, le quatrième du championnat, où on retrouve aussi Angel Rodriguez, meilleur buteur espagnol à 32 ans. Nacho Monreal (33 ans) et Raul Albiol (34 ans) se sont aussi imposés dans leur club respectif, la Real Sociedad et Villarreal, où ils font office de tauliers dans des effectifs assez jeunes. Les gardien Diego Lopez (Espanyol, 38 ans) et Manolo Reina (Mallorca), le milieu de terrain Salva Sevilla (Mallorca, 35 ans), Fabian Orellana (34 ans, Eibar) Roberto Soldado (34 ans, Granada) et même Luka Modric (34 ans, Real Madrid) sont d’autres exemples de joueurs capables d’être performants à un page où on commence généralement à flancher. Lionel Messi et Luis Suarez entrent eux aussi dans cette catégorie !

Pourquoi les vétérans sont revenus à la mode ?

Cette longévité peut étonner, surtout à l’heure du jeunisme à tout va dans le football, où les joueurs sont lancés dans le monde pro de plus en plus jeunes, sont plus médiatisés que jamais et sont surtout objet de transferts qui atteignent des sommes colossales. La préparation physique de plus en plus performante au sein des clubs est l’un des éléments à prendre en compte forcément, avec des outils de récupération mais aussi de suivi de plus en plus performants. Tout ceci permet aux staffs de préparer des entraînements bien adaptés et de doser la charge de travail des joueurs vétérans. Mais il y a aussi une explication plus footballistique à ce pari sur l’expérience, qui réside dans la façon de jouer des équipes de Liga. Dans un championnat où la plupart des équipes cherchent maintenant à avoir de l’équilibre et à être solide tactiquement, ces joueurs expérimentés sont plus que précieux, là où les joueurs jeunes sont plus susceptibles de faire des erreurs au niveau du marquage ou du positionnement. Encore une fois, on est ainsi obligé de parler de l’Atlético de Simeone, inspiration pour beaucoup de ces équipes, qui a connu ses meilleurs moments avec un effectif assez âgé.

Des joueurs qui sont donc moins à même de faire des erreurs coûtant des points, mais aussi des joueurs capables d’encadrer les plus jeunes. « C’est ma référence. Quand je fais des erreurs ou que je suis mal positionné il vient et m’aide, il m’explique des choses liées à des erreurs qu’il commettait aussi. Tout ce qu’il me dit, j’en prends compte », expliquait ainsi Alejandro Pozo, jeune ailier de Séville sur Jesus Navas en conférence de presse. Autre élément à signaler :les clubs de Liga sont désormais dans une bien meilleure santé financière qu’il y a encore 6/7 ans, et ne voient donc plus forcément leurs joueurs comme de la marchandise. On ne recrute plus un joueur avec pour objectif principal de faire une plus-value par la suite, comme on ne cherche plus à lancer les jeunes au plus-vite pour faire une grosse vente en mettant les joueurs plus âgés au placard ou en les vendant avant que leur valeur marchande baisse. On peut également se permettre d’offrir des salaires plus conséquents aux joueurs qui ne sont donc plus forcément obligés de partir dans des destinations exotiques à partir d’un certain âge. Une véritable tendance en Espagne, qui était la saison dernière le championnat “le plus vieux” parmi les meilleures ligues européennes, avec une moyenne d’âge de 27,3 ans. Paradoxal, dans la mesure où les entraîneurs sont eux de plus en plus jeune, avec cette nouvelle génération menée par des tacticiens comme Julen Lopetegui (Séville), Sergio Gonzalez (Valladolid), Imanol Alguacil (Real Sociedad), Javi Calleja (Villarreal), Diego Martinez (Granada) et même Zidane et Simeone qui n’ont pas encore dépassé la cinquantaine. Il y a encore quelques années, il n’était pas rare de voir des coachs ayant dépassé la soixantaine sur les bancs. On va donc encore profiter de Joaquin, de Navas et compagnie pour un long moment, et les joueurs qui sont aujourd’hui sur la fin de la vingtaine devraient aussi gambader sur les pelouses espagnoles pendant de longues années encore !