Séville FC : la belle revanche de Monchi

Au printemps 2017, Monchi a pris celle qui est probablement la décision la plus dure de sa carrière professionnelle. Le directeur sportif espagnol a ainsi mis fin à son étape de plus de 15 ans à la tête du Séville FC et s’est envolé pour Rome, où un nouveau challenge palpitant l’attendait. Mais l’aventure italienne n’aura pas vraiment été réussie pour l’Andalou. Il y a eu de belles ventes, à l’été 2017 notamment, à l’image de Rüdiger (35M€) ou de Leandro Paredes (23M€), sans parler d’Alisson ou de Salah, tous achetés à des sommes très raisonnables. Mais les joueurs recrutés par l’Espagnol ont pour la plupart échoué, à l’image de Robin Olsen, de Javier Pastore ou de Steven Nzonzi, alors que les jeunes pousses enrôlées par le directeur sportif ont aussi, pour certaines, déçu, comme Ante Coric ou Justin Kluivert.

« Monchi m’a demandé à 100% le contrôle et la confiance en tant que directeur sportif. Je repense au mercato de l’été dernier tous les jours et je n’aurais peut-être pas dû laisser toute cette autonomie. L’équipe ne correspondait tout simplement pas bien au jeu prôné par Di Francesco. À la fin du mercato, j’ai observé nos mouvements et compris que ça ne fonctionnerait pas », confiait le président de la Louve peu après le départ de l’Espagnol. Une expérience loin du bercail en demi-teinte donc, mais qui a permis au principal concerné de mûrir, comme il l’a expliqué dans l’une de ses rares sorties médiatiques sur ce sujet. Habitué à donner pas mal d’interviews aux médias espagnols dans lesquels il n’hésite pas à donner de croustillants détails sur sa façon de travailler, il a effectivement peu évoqué son aventure ratée du côté de la capitale romaine.

Le retour à la maison

On n’a donc jamais vraiment eu sa version sur ses deux années passées à Rome, même si certaines voix se sont aussi élevées pour le défendre. « En deux ans, il a réussi à mener la Roma en demi-finale de Ligue des Champions. Si en Italie on commence à douter de quelqu’un comme lui, c’est qu’on est devenu fou », confiait Enzo Maresca, ancien joueur de Séville, à la Gazzetta dello Sport début mars. Après son départ de la Roma, les plans de l’Espagnol ne passaient pas forcément par un retour au bercail… Mais une fois que le téléphone a sonné, Monchi n’a pas pu résister. Il est donc rentré à la maison, un peu plus de deux ans après, prenant la relève d’Oscar Arias qui l’avait remplacé avec une réussite assez mitigée.

« J’ai le droit et le devoir de réinvestir ma croissance personnelle dans le club que j’aime », avait-il expliqué lors de son retour, affirmant être sevillista avant d’être directeur sportif. Et Monchi avait du pain sur la planche. Première grande décision : celle de nommer Julen Lopetegui à la tête de l’équipe. Un petit coup de théâtre, puisque personne n’avait coché le nom de l’ancien sélectionneur espagnol auparavant. Un choix qui s’avère payant à l’instant où on écrit ces lignes, puisque les Andalous pointent à la troisième place du classement en championnat, malgré un petit passage à vide début 2020 qui semble déjà lointain. Force est de constater que Monchi a donné au Basque les moyens de construire une équipe puissante. S’il avait parfois eu quelques échecs lors de ses derniers mercatos à Séville, à l’image de Ciro Immobile, et qu’on lui a parfois reproché de trop remodeler l’effectif à chaque intersaison, le mercato estival 2019 de Monchi fonctionne plutôt bien.

Le pari Lopetegui

Pourtant, ce n’était pas évident sur le papier, puisque de nombreux joueurs arrivés ne semblaient pas correspondre à la philosophie de jeu qu’on prêtait à Julen Lopetegui, plutôt basée sur la maîtrise du ballon et le jeu au sol. Un attaquant pivot comme Luuk de Jong ne semblait ainsi pas la référence offensive idéale, tout comme il pouvait y avoir des doutes sur Lucas Ocampos, ailier a priori plus intéressant dans un jeu direct. Mais la sauce a plutôt bien pris, notamment parce que le tacticien basque a su s’adapter, mais surtout, a réussi à transmettre ses idées à ses joueurs. On a aussi vu plusieurs Séville cette saison, du 4-3-3 classique visant à contrôler la rencontre au 3-4-3 un peu plus agressif et replié pour affronter les grosses écuries. L’ancien de l’Olympique de Marseille est à un excellent niveau – 10 buts et 2 passes décisives cette saison – brillant côté droit puis maintenant à gauche depuis l’arrivée de Suso au mercato estival.

Terrain de chasse privilégié du directeur sportif, la Ligue 1 est présente en force dans cette équipe, puisque Diego Carlos et Jules Koundé composent la charnière centrale de Lopetegui. Le premier est un roc depuis son arrivée, alors que le jeune Tricolore a eu un peu de mal au début mais s’est plutôt bien adapté. Oliver Torres (11M€), Fernando (4,5M€), Joan Jordan (14M€) et Nemanja Gudelj (0€) sont aussi de belles réussites, chacune dans un registre et rôle différent, sans parler du prêt de Sergio Reguilón, indéboulonnable sur le flanc gauche de la défense. Quelques ombres au tableau, à l’image de Chicharito, déjà parti pour Los Angeles, et de Rony Lopes, au placard alors qu’il a été la recrue la plus chère de l’histoire du club avec Koundé, mais le bilan est assez satisfaisant pour le moment. Pas de doutes, Monchi n’a pas perdu sa patte, et de nouvelles grosses ventes se préparent à l’horizon… « On a déjà dit non pour certains joueurs », a-t-il confié à ABC de Sevilla, alors que Lucas Ocampos et Diego Carlos seraient déjà convoités par de grosses écuries européennes. La valeur des deux joueurs aurait même triplé depuis leur arrivée l’été dernier. On commence donc déjà à se frotter les mains dans les bureaux de Séville…